Victor Brauner (1903–1966) Figure singulière du surréalisme historique, Victor Brauner s’impose dès les années 1930 comme l’un des artistes les plus profondément engagés dans l’exploration de l’inconscient, du symbole et du mythe. Surréaliste de la première heure, il bénéficie du soutien d’André Breton, qui préface sa première exposition personnelle en 1934 à la galerie Pierre. Bien que demeuré en marge de toute orthodoxie, Brauner développe au sein du mouvement un langage pictural intensément personnel, nourri de visions oniriques, de références ésotériques et d’une dimension autobiographique revendiquée. Durant la Seconde Guerre mondiale, qu’il passe en repli dans les Basses-Alpes, Brauner poursuit son œuvre dans une relative solitude. À la fin du conflit, installé rue Perrel à Paris, il peint l’ensemble Lion, lumière, liberté, présenté en 1947 aux Cahiers d’Art. Cette période marque l’ouverture d’une succession de cycles qui structurent désormais son parcours : Le Codex du poète (1946–1947), La Mammalie (1948), la série autobiographique des Victors ou Onomatomanie (1949), Les Rétractés (1950), puis de vastes ensembles mêlant peinture et bois découpé tels La Mythologie et La Fête des Mères. En 1948, Brauner rompt avec le groupe surréaliste à la suite de son désaccord avec l’exclusion de Matta. Cette rupture n’interrompt en rien sa recherche, qui s’approfondit au contraire dans une direction plus intérieure et plus autonome. Peintre de l’inconscient, il accompagne constamment son travail plastique de textes, de carnets et de réflexions théoriques, où il définit sa peinture comme un acte magique, symbolique et poétique, indissociable de sa propre expérience existentielle. Son œuvre se caractérise par une iconographie récurrente — corps fragmentés, figures hybrides, signes totémiques, bestiaires et mythologies personnelles — et par une forte charge symbolique, où chaque image se veut message. La couleur, la stylisation des formes et la construction rituelle de l’espace pictural contribuent à l’élaboration d’un univers cohérent, à la fois visionnaire et profondément intime. À partir de 1961, Brauner s’installe à Varengeville, à l’Athanor, où il poursuit son travail jusqu’à sa mort. En 1966, il représente la France à la Biennale de Venise, consacrant une reconnaissance institutionnelle majeure. Son œuvre, aujourd’hui conservée dans de nombreuses collections publiques en France et à l’étranger, occupe une place essentielle dans l’histoire du surréalisme et de l’art du XXᵉ siècle.
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