Hans Hartung (1904–1989) Grande figure de l’abstraction et pionnier de l’art abstrait, Hans Hartung est reconnu comme le « père du tachisme » et l’un des fondateurs de l’abstraction gestuelle. Son œuvre, déjà pleinement constituée avant la Seconde Guerre mondiale, ne sera véritablement reconnue qu’après 1945. Issu d’un milieu de médecins et de musiciens amateurs, Hartung développe très tôt une sensibilité musicale qui nourrit sa perception du rythme, de l’élan et de la vitesse, dimensions essentielles de sa peinture. Sa vocation précoce se place sous le signe de l’instinct, de la fulgurance et du signe. Dès l’enfance, l’expérience de l’orage et de l’éclair forge chez lui le sens de la vitesse du trait et l’urgence de la spontanéité, fondements de son langage plastique. Très jeune, le dessin devient central et s’oriente progressivement vers l’abstraction. À travers les encres, aquarelles et fusains des années 1920, Hartung délaisse toute figuration au profit d’un jeu de taches, de lignes et de tensions rythmiques. Parallèlement, l’astronomie et la photographie nourrissent son rapport au réel, conçu comme fragmentaire, éphémère et saisissable par le geste. Formé dans les académies allemandes tout en étudiant les maîtres anciens (Rembrandt, Goya, Le Greco) et les expressionnistes allemands, Hartung refuse le géométrisme et poursuit une voie personnelle. Son séjour à Paris à partir de 1926 renforce son intérêt pour Cézanne, Van Gogh et le cubisme, notamment dans ses réflexions sur les rapports entre esthétique et mathématiques, sans jamais remettre en cause la primauté du geste. Au début des années 1930, il abandonne le cubisme pour revenir à une abstraction fondée sur la spontanéité. Il intitule ses œuvres uniquement par une lettre et une date, affirmant ainsi un refus de toute narration. Face à la montée du nazisme, Hartung rejette toute forme d’art de propagande et s’installe définitivement à Paris en 1935. Les séries des Taches d’encre (1934–1938) posent les bases de son graphisme : opposition masse/ligne, taches et hachures, improvisation maîtrisée. Engagé politiquement contre le nazisme, il s’enrôle dans la Légion étrangère durant la guerre. Gravement blessé, amputé d’une jambe, il reprend néanmoins la peinture dès 1945, convaincu que l’œuvre est l’extériorisation directe des forces intérieures de l’artiste. Après la guerre, Hartung devient une figure centrale de l’abstraction lyrique. Son langage évolue : la ligne supplante la couleur, le signe s’affirme sur des fonds unis, puis apparaissent des formes plus complexes, faisceaux, courbes et « gerbes », où le dynamisme gestuel se conjugue à une composition de plus en plus maîtrisée. Dessin, peinture et œuvre gravé demeurent indissociables dans sa pratique. À partir des années 1960, il développe de nouvelles techniques de grattage dans la peinture fraîche, faisant émerger entrelacs, zébrures puis, plus tard, de vastes masses sombres presque dénuées de graphisme. La couleur réapparaît à la fin des années 1960, portée par une inspiration poétique qui transcende toute référence au monde extérieur. Universelle et ascétique, l’œuvre de Hans Hartung, fondée sur l’énergie du geste, le rythme et la tension entre forme et fond, constitue une contribution majeure à l’art abstrait du XXᵉ siècle et a exercé une influence déterminante sur les générations suivantes, notamment sur l’Action Painting.
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