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Gérard Schneider

Gérard Schneider (1896–1986) Figure majeure et pionnière de l’abstraction lyrique aux côtés de Hartung et Soulages, Gérard Schneider s’impose après la Seconde Guerre mondiale comme l’un des acteurs essentiels de la scène abstraite parisienne. Bien qu’il arrive tardivement à l’abstraction, à l’âge d’une cinquantaine d’années, son œuvre se distingue par une énergie, une fougue et une jeunesse expressive qui demeureront constantes tout au long de sa carrière. Sa participation en 1946 à la première exposition d’art abstrait d’après-guerre à la galerie Denise René marque une reconnaissance décisive de son engagement artistique. Formé d’abord à Neuchâtel, où son père est ébéniste et antiquaire, Schneider s’initie très tôt à la décoration et à la peinture. Installé à Paris à partir de 1916, il entre successivement à l’École des arts décoratifs puis aux Beaux-Arts dans l’atelier de Cormon. Sa fréquentation assidue des musées et son travail de restaurateur de tableaux lui permettent d’acquérir une maîtrise technique exceptionnelle. Jusqu’au milieu des années 1920, sa peinture s’inscrit dans une veine postimpressionniste, avant qu’il ne remette en question les effets illusionnistes et atmosphériques au profit de recherches sur le mouvement, l’expression et la construction. Entre la fin des années 1920 et les années 1930, Schneider explore une peinture d’imagination, faite de paysages intérieurs et de figures réduites à l’état de signes. Dès 1932, il s’essaie à plusieurs reprises à la non-figuration, tout en revenant ponctuellement à la figuration. En 1937, il rompt définitivement avec la nature comme modèle. Sa palette s’assombrit, le noir prend une place centrale, et son travail entre dans une phase de recherches intenses nourries par un environnement intellectuel riche, où se croisent musique, poésie et pensée surréaliste. Il fréquente alors notamment Paul Éluard, Georges Hugnet et Óscar Domínguez, et commence lui-même à écrire des poèmes. Après une période de transition durant les années de guerre, Schneider s’engage pleinement dans l’abstraction à partir de 1944–1945. Ses formes inventées ne renvoient ni à la nature ni au géométrisme : elles sont le pur produit d’un monde intérieur et émotionnel. En 1945, le musée national d’Art moderne acquiert l’une de ses œuvres, reconnaissance institutionnelle majeure. Désormais, toutes ses peintures portent le titre Opus, suivi d’un numéro, affirmant une continuité comparable à celle d’une œuvre musicale. La notion d’« inspiration », qu’il revendique malgré son caractère jugé désuet, est au cœur de sa démarche, souvent rapprochée de l’improvisation musicale. À partir de 1947, Schneider connaît une intense activité d’exposition personnelle et collective, en France et à l’étranger, contribuant largement à la diffusion de l’abstraction lyrique. Son œuvre se caractérise alors par un graphisme véhément, une priorité donnée à la forme sur la couleur, une tension dramatique permanente et une gestualité puissante. Les plans colorés, les éclats chromatiques et les tracés noirs structurent des compositions où « plans et couleurs s’identifient à des notions spatiales », selon Herta Wescher. Sa peinture se veut romantique et émotive, profondément humaine, à l’opposé de toute abstraction froide ou systématique. Maîtrisant toutes les techniques – huile, gouache, pastel, encre de Chine, aquarelle – Schneider accorde une importance égale aux œuvres sur toile et sur papier. Très tôt, il associe plusieurs médiums au sein d’une même œuvre, privilégiant le graphisme et imposant le noir comme élément structurant. Son travail évolue sans cesse : fonds transparents après 1975, retour du noir à la fin des années 1970, dernières gouaches d’une grande intensité colorée. Installé de longues années près de la forêt de Fontainebleau, à Boutigny-sur-Essonne, Gérard Schneider poursuit jusqu’à la fin une recherche exigeante et libre. Couronné par le Grand Prix national des Arts en 1975, il laisse une œuvre abondante et des écrits théoriques importants, dans lesquels il définit l’art abstrait comme la « consécration de notre monde émotionnel

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