André Masson (1896–1987)* L’œuvre d’André Masson est indissociable de l’aventure surréaliste, au sein de laquelle il occupe une place singulière et fondatrice. Sans prétendre retracer ici l’ensemble de cette relation — abondamment étudiée par ailleurs —, il convient de rappeler que Masson n’a cessé, tout au long de sa carrière, d’en élargir les enjeux par une recherche picturale et théorique autonome, nourrie de poésie, de mythologie, de philosophie et d’une réflexion constante sur le geste et la matière. À la fin de l’année 1941, réfugié à Marseille, Masson participe avec André Breton et ses proches à la création du Jeu de cartes de Marseille, avant de quitter la France pour New York. Installé à New Preston, à proximité de Calder et de Tanguy, il traverse une période de grande intensité créatrice marquée par de nombreuses expositions. Son retour en France en octobre 1945 est suivi rapidement de présentations importantes à Paris, notamment aux galeries Louise Leiris et Simon. Parallèlement à son œuvre picturale, Masson développe une activité foisonnante de collaboration avec les écrivains et les poètes. Il illustre leurs textes, conçoit décors et costumes pour le théâtre et l’opéra, et s’engage très tôt dans des projets scéniques majeurs, notamment avec la compagnie Renaud-Barrault. Son intérêt pour la lumière, la matière et le phénomène pictural s’affirme alors dans des œuvres où se côtoient paysages imaginaires, scènes mythologiques et recherches graphiques. Installé au Tholonet, près d’Aix-en-Provence, de 1946 à 1948, Masson explore les thèmes de la campagne d’Aix tout en approfondissant une réflexion théorique sur la peinture. Il s’intéresse à l’impressionnisme — auquel il consacre un texte important dans Verve —, aux peintres chinois et à la calligraphie, cherchant à établir une filiation entre geste, rythme et structure de l’image. Cette période voit aussi un développement significatif de son œuvre gravée, notamment à travers lithographies et eaux-fortes en couleurs. Au tournant des années 1950, son travail s’organise autour de grands cycles thématiques : migrations, féminaires, dévorations, figures mythologiques et paysages intérieurs. L’usage du sable, des techniques mixtes et d’une gestualité de plus en plus libre inscrit sa peinture dans une tension permanente entre figuration et abstraction. Peu à peu, le signe gestuel prend le pas sur l’automatisme surréaliste, au profit d’une construction plus ouverte de l’espace pictural. À partir de la fin des années 1950 et au début des années 1960, Masson abandonne les expérimentations fondées sur la projection et les collages bruts pour revenir à une iconographie dominée par la mythologie, l’extase et la jubilation. Centaures, nymphes, oracles et figures tutélaires occupent une place centrale dans une œuvre où l’éros, la violence et la métamorphose constituent des constantes. Ses recherches graphiques, notamment autour du désir et de la littérature, accompagnent cette évolution. Les années 1960 et 1970 voient se succéder de nouvelles inflexions : retour ponctuel à la figuration, thèmes des massacres et des cérémonies, affirmation croissante de l’érotisme dans l’œuvre gravé. Installé dans le Marais à partir de 1963, Masson poursuit jusqu’à la fin une œuvre exigeante, traversée par la mémoire du surréalisme mais affranchie de toute orthodoxie. Artiste majeur du XXᵉ siècle, André Masson a laissé une œuvre protéiforme — peinture, dessin, gravure, écrits théoriques et collaborations scéniques — conservée aujourd’hui dans de nombreuses collections publiques et privées à travers le monde.
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