André Lanskoy (1902–1976) Fils du comte Lanskoy, André Lanskoy est d’abord destiné à une carrière militaire. Formé à l’École des pages puis à l’École des cadets de Saint-Pétersbourg, rien ne semble alors l’orienter vers l’art. Pourtant, dès l’adolescence, il manifeste une attirance précoce et profonde pour les manifestations visuelles de la couleur, telles qu’elles apparaissent dans la vie quotidienne et la culture populaire russe : objets décorés, jouets, scènes folkloriques, tonalités vives et contrastées, qu’il observe, collectionne et mémorise sans encore les relier à la peinture. Les bouleversements historiques l’entraînent sur les routes de l’exil. Après un séjour à Kiev, où il commence à dessiner et à colorier, il s’engage dans l’Armée blanche, puis gagne la Crimée et Constantinople. Son arrivée à Paris au printemps 1921 marque un tournant décisif : il s’y installe définitivement et se met aussitôt à peindre, sans formation académique véritable. Sa formation se construit par l’expérience directe. Il fréquente les galeries parisiennes, travaille à la Grande Chaumière et surtout étudie les maîtres au Louvre : Velázquez, Le Greco, les primitifs italiens, les Vénitiens. Deux découvertes sont déterminantes : le Portrait du peintre avec sa palette du Douanier Rousseau, et la lecture de la correspondance de Van Gogh, dont l’exigence et la ferveur marqueront durablement son rapport à la peinture. Il peint alors d’après nature, à Meudon et à Clamart, multipliant croquis, aquarelles et esquisses. Jusqu’à la fin des années 1930, Lanskoy demeure du côté de l’image identifiable. Toutefois, il récusera toujours l’opposition entre figuration et abstraction, considérant que la nature préside à l’élaboration de toute peinture. À partir de 1937, son intérêt pour les œuvres de Klee et de Kandinsky l’amène progressivement à s’éloigner de l’objet, rupture qui s’accomplit en 1941. Dans les gouaches de cette période de transition, les formes se transforment et la tache colorée s’impose comme finalité picturale. Cette phase intermédiaire, décisive pour l’artiste, le conduit en 1944 à l’abstraction pure. Il affirme alors une conception de la peinture fondée sur la couleur comme force autonome, engagée dans une lutte dynamique de formes dont naît le tableau, « d’après la nature, ou plutôt d’après la vie », selon ses propres termes